De la transition démographique à la transition écologique !

Deux sujets s’entrecroisent régulièrement dans mes réseaux… Forcément, je suis autant engagée dans la transition écologique par mon implication à l’échelle locale que dans l’attention portée aux personnes vieillissantes en raison de ma profession…

Une phrase de Michèle Delaunay lors des assises de la longévité à Nîmes cet automne m’avait déjà interpellée : « Transition écologique, transition démographique, même combat ! »  Si le raisonnement n’était pas tout à fait celui que je vais développer ici, j’ai été marquée par ce propos et m’étais promis d’analyser pourquoi cela me travaillait…

Et j’ai lu l’excellente chronique de Serge Guérin dans Géronscopie (n°109) intitulée « Transition énergétique et transition démographique : dynamiques communes ». Là encore, les liens entre les deux concepts sont mis en évidence, mais envisagés selon le point de vue rénovation des logements et action de prévention en faveur des personnes âgées. En effet, anticiper la rénovation énergétique du parc immobilier adapté aux personnes âgées est primordial.

Mais c’est finalement encore un autre aspect qui rassemble les deux transitions en cours dont je veux vous parler.

La part de la population de plus de 75 ans augmentera de 72% d’ici à 2060 (source INSEE)…

 

Notre société va devoir s’adapter.

Nous pouvons aborder cette problématique de deux manières, diamétralement opposées.

Tout d’abord, nous pouvons voir ceci comme un « poids », un « fardeau » ou un « problème » comme j’ai pu le lire dans différents articles. Evidemment que l’augmentation du nombre de personnes âgées par rapport au reste de la population aura des conséquences… Le principal « problème » est celui du coût… Et bien oui, cela « coûte » cher une personne âgée, surtout quand elle entre dans la dépendance. Il faut non seulement lui payer sa retraite, mais également lui payer ses soins, et l’aider à se loger. Avec l’allongement de l’espérance de vie (la faute aux progrès de la médecine aussi !), cela « coûte » à la société plus longtemps…Et vu qu’il y a moins d’actifs pour « financer » ce « surcoût », le « problème » est partagé par tous, tout le monde doit « payer ». D’où le développement d’une « silver economy ».

Le « coût » est également social… Davantage de personnes âgées, dépendantes ou non, avec moins de moyens humains (j’utilise volontairement ce terme plutôt que celui de « personnes ») , c’est moins de professionnels du grand âge (médicaux, paramédicaux, services de soins à la personne…), moins de places dans les structures d’hébergement  à prix abordable, plus d’isolement des personnes âgées , notamment dans les territoires ruraux…

Vu sous cet angle, il est évident que cette invasion de personnes âgées peut faire peur !

Personnellement, je préfère voir tout ce que cela pourra nous apporter …

Le réchauffement climatique est acté. Notre système politique, économique, social, doit se réinventer pour affronter cet enjeu. Nous n’y arriverons pas si nous ne remettons pas l’humain au cœur ainsi que  les liens entre les femmes et les hommes.
Cela n’engage que moi, mais je pense que pour nous en sortir, nous devrons recréer des réseaux locaux de partage, d’entraide et de bienveillance entre toutes et tous. Il s’agit là de l’enjeu principal de la transition écologique : privilégier les circuits courts et biologiques au niveau alimentaire, envisager une mobilité propre et éviter les déplacements longs, partager les compétences des uns et des autres, consommer durable … Et tout ceci ne pourra se faire sans un maillage de liens entre les acteurs locaux, que ce soit les citoyens et citoyennes, les associations, les politiques, les commerçante.es, les services publics…

Quel rapport avec nos vieux-qui-nous-coûtent-cher ?

Il y en a plusieurs !

Tout d’abord, elles ne sont pas toutes dépendantes, nos personnes âgées ! Et grâce aux progrès de la médecine, comme dit plus haut, elles peuvent rester actives longtemps ! Elles sont une source de compétences, de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être exceptionnelle ! Elles sont les petits bras des associations. Et il n’est plus à démontrer que l’activité, le mouvement, c’est la vie

Le lien social resserré autour de l’Humain va permettre de prendre soin en amont de nos aîné.es de fait. Par exemple, il est aisé d’imaginer le prêt d’un bout de terrain qu’une personne âgée ne peut plus entretenir à une famille, en échange de quelques légumes…Le lien est créé…Et chacun prend soin de l’autre à sa façon. Le partage d’une voiture appartenant à une personne s’en servant peu avec une autre qui en aura besoin de manière ponctuellement, c’est également du lien…

Ce n’est pas pour rien que l’on voit fleurir de nombreux projets de résidences « intergénérationnelles » … Nous sommes obligés de recréer des lieux de brassage de générations pour retisser des liens souvent oubliés. J’ai envie de croire que la transition écologique en cours imposera l’intergénérationnalité (oui, j’en invente même des mots) de fait!

J’aime beaucoup ce proverbe africain qui dit qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. J’aimerais l’adapter en disant qu’il faut tout un village pour prendre soin de ses villageois !

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