Premier constat de l’impact du confinement en chambre sur l’alimentation des résidents

L’accalmie relative dans l’épidémie de COVID-19 et l’adaptation efficace des équipes soignantes dans les EHPAD a permis mon retour progressif dans les établissements.

J’ai pu ainsi donner une formation le jeudi 7 mai à l’EHPAD La Serra à Villette d’Anthon (38) sur la prévention des dysphagies et les adaptations à mettre en place.

Au delà du fait que j’étais ravie de revenir sur le terrain, j’ai pu faire le point avec les infirmières et les aides-soignantes sur les conséquences sur l’alimentation qu’elles avaient pu relever du confinement en chambre des résidents.

Malheureusement, les impacts sont majoritairement négatifs… Voici ce qui a été relevé:

  • La perte de repère, du rythme:

Le fait de manger en groupe, en salle à manger, collectivement, donne un certain rythme à la maisonnée. Il permet de patienter ensemble, de manger en même temps entrée, plat , dessert. Le constat fait par les équipes est que le confinement en chambre a fait voler en éclat ce rythme… En effet, certains résidents avalent leur plateau repas en 10 minutes, d’autres en 1h… Avec les impacts que cela peut avoir sur la digestion et sur les risques de fausses-routes, nous y reviendrons.

  • La perte de la sociabilité des repas:

Le repas n’est pas qu’un moment nutritif: il possède un aspect social indéniable. Manger ensemble permet des échanges verbaux, oculaires…Le coût cognitif et émotionnel de la perte de ce moment risque d’être important. Des résidents attachés aux retrouvailles avec leurs voisins vivent très mal la solitude des repas. Les soignantes m’ont fait remarquer leur rôle accru, et se sont entendues proposer très fréquemment: « vous vous asseyez pour manger avec moi? »

  • La majoration de la perte d’autonomie et du risque de fausses routes:

Du fait du changement de rythme, les résidents , le soir, se retrouvent habillés en pyjama pour dîner, alors qu’ils étaient auparavant en tenue de jour. Ils ont alors tendance à rapidement se coucher dès la fin de leur plateau repas. Or se coucher sans attendre majore les risques de fausses-routes et donc de pneumopathies.

Par ailleurs, comme il est impossible pour les soignants de veiller sur tous les résidents en même temps, de nombreux résidents ont vu leur alimentation passer en texture mixée alors qu’ils étaient en alimentation normal auparavant. Or , je ne le répéterai jamais assez, non seulement l’alimentation mixée ne préserve pas des fausses routes, bien au contraire, mais cela accélère le déclin de l’autonomie notamment dans les pathologies de type maladie d’Alzheimer.

Enfin, les soignantes ont noté que plusieurs résidents mangeaient moins, par manque de stimulation et par l’absence de mimétisme . Les risques de dénutrition sont alors majorés.

Cet état des lieux rapide n’a pas pour vocation d’incriminer et de dénoncer le confinement en chambre…Je sais combien il a été et est toujours difficile pour les EHPAD de s’adapter à cette situation de crise… Mais l’idée est de donner matière à réfléchir pour éviter les séquelles qui pourront apparaître…

Il est peut-être possible, comme j’ai pu le voir ici et là de partager un repas avec un résident dans sa chambre, l’autre dans le couloir… De revoir le rythme pour que les résidents dînent bien en tenue de jour et non en pyjama… De profiter de l’isolement pour privilégier le manger main plutôt que le passage en alimentation mixée…

J’espère qu’un retour d’expérience sera fait de manière générale d’une part et de manière propre à chaque établissement d’autre part sur les conséquences du confinement en chambre. Hormis l’impact psychologique, l’état nutritionnel peut en avoir pâti.

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