Résident et EHPAD dans son écosystème: Une certaine vision de l’EHPAD du futur

Nous sommes au pied du mur de la transition démographique.
La part des personnes âges de plus de 75 ans va quasiment doubler d’ici à 2035.
Bien sûr que nous vieillissons désormais « mieux » qu’avant, grâce aux progrès de la médecine, à l’augmentation de l’espérance de vie… Mais l’augmentation du nombre de personnes entrant dans la dépendance quand la part d’actifs réduit doit nous amener à interroger et repenser notre système de prise en soin des personnes âgées.

C’est dans cette perspective que le think tank « Matières grises » s’est lancé la mission de rédiger un rapport sur l’EHPAD du futur par  (plus d’infos ici)

Trois axes de travail ont été dégagés :

  • Chantier n°1 – Architecture, design, espaces : les lieux de demain
    L’Ehpad du futur c’est d’abord un lieu entièrement repensé. Nous interrogerons architectes, designers, économistes de la construction, ergothérapeutes, professionnels.
  • Chantier n°2 – Le résident au cœur de la transformation domiciliaire de l’Ehpad
    L’Ehpad du futur est un lieu où, plus que jamais, la personne âgée doit se sentir chez elle ce qui suppose de changer de paradigme dans la relation individu/institution.
  • Chantier n°3 – L’Ehpad plate-forme ou l’Ehpad « couteau suisse »
    L’Ehpad du futur enfin, c’est un lieu qui pourra offrir une palette de solutions aux résidents comme aux personnes âgées du quartier ou de la ville. Ce qui suppose une profonde refonte du régime des autorisations

J’ai l’opportunité de travailler sur undes axes du chantier numéro 1 et je remercie vivement les organisateurs pour cette proposition de collaboration.

Avant de plancher sur le sujet «  #5 / L’Ehpad vert : c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? » très prochainement avec d’autres acteurs engagés, il me paraissait important de partager une première perspective.

 

 

En effet, il me semble impossible de travailler sur un axe sans envisager les deux autres. Toutes les décisions et actions entreprises pour un chantier aura forcément une incidence sur les autres si elles ne sont pas coordonnées …

 

 

Prenons du recul, de la hauteur.

Parler de « l’EHPAD du futur », c’est d’abord parler de personnes âgées dépendantes.
Il nous faut donc nous intéresser à la personne âgée dans sa globalité, à travers son parcours de vie.

Non, toutes les personnes âgées n’ont pas comme parcours le domicile, le domicile adapté, puis la résidence autonomie, puis l’EHPAD (et le cimetière !)
Rien n’est fluide, rien n’est identique d’une personne à l’autre. Et c’est heureux !

N’oublions pas que nous, humains, vivons dans des écosystèmes.

Celui de la personne âgée dépendante est de différentes échelles :
– il est d’ordre territorial : sa chambre, dans sa maison (ou EHPAD), dans son quartier, dans sa commune, elle-même membre d’une intercommunalité, d’un département etc….
– mais également d’ordre social car dans cet écosystème gravitent différentes personnes : les proches de la personne âgée, sa famille, ses amis, mais également les intervenants extérieurs ( aides à domiciles, soignants…)… D’autres acteurs vont participer à cet environnement social de manière plus indirecte : commerçants, associations, services d’aides du département…

Une fois entré en EHPAD, pour X raison, il est important de garder en tête que le résident ne peut que rester au cœur de cet écosystème, comme citoyen à part entière.

Il est le but, l’objectif mais également le moyen d’action de l’établissement. Ceux qui se pencheront sur le chantier numéro 2 auront à garder ce recul pour maintenir ce cap.

En effet, l’EHPAD doit être au service du résident. Mais pour ceux qui travailleront sur l’axe numéro 1, il faut envisager que l’inverse est également vraie : le résident, par l’usage qu’il fait de son habitat, doit pouvoir contribuer à son évolution, comme il le ferait pour son propre domicile. Toutes les architectures, les rénovations, doivent être tournées vers le résident, mais également vers ceux qui oeuvrent dans l’établissement (soignants, familles, bénévoles, personnels techniques…). Pour être durables, et écologiques, les établissements doivent être co-construits ou co-repensés en amont avec ceux qui vont y vivre, y travailler ou simplement graviter.

Ce travail de co-construction doit également penser l’EHPAD, à l’image de la personne âgée elle-même, comme au cœur de son propre écosystème.

En effet, si l’EHPAD est au cœur de son propre territoire, il est également au centre des enjeux locaux de politiques publiques de santé, de mobilité locale, de transition écologique (chantier numéro 3) L’EHPAD ne peut plus désormais être simplement vu comme un bâtiment où sont hébergées des personnes âgées dépendantes.
Il a tout son rôle à jouer dans le système de santé, d’une part, de par l’expertise de ses intervenants. Il serait aisé d’imaginer des formations à destination des soignants, des aidants, des bénévoles par les soignants de l’EHPAD par exemple, ou des consultations gériatriques ouvertes aux personnes âgées de la commune.
D’autre part, l’EHPAD doit être acteur de son territoire, voire moteur. Ainsi, le service de restauration peut tout à fait proposer du portage de repas aux personnes extérieures, une pièce peut être prêtée à des associations pour des expositions, des répétitions de concert, ou des échanges peuvent être initiés entre résidents et professionnels locaux, tels ces coworkers qui bénéficient d’une pièce dans un EHPAD.

Vous l’aurez compris, il est impossible de créer un seul modèle unique et standard d’EHPAD du futur…
Evidemment, beaucoup d’établissements fonctionnent déjà selon les quelques principes que je vous ai exposés, et leurs expériences sont riches d’enseignements.
Prendre de la hauteur, impliquer les premiers concernés, élargir son regard, intégrer d’autres acteurs seront quelque unes des clés pour réussir à remodeler les EHPAD de manière efficace et utile.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *