Lors de la 2ème édition des Assises Internationales de la Ville Sensible à Lyon, j’ai assisté à une conférence de Guillaume Botazzi, artiste.
Il venait parler de neuro-esthétique, ou l’observation des mécanismes du cerveau humain lorsqu’il est confronté à des expériences esthétiques.
L’homme est l’inverse de la tortue : sa carapace est à l’intérieur. Ainsi toutes ses expériences en lien avec l’extérieur vont être traitées à l’intérieur.
Quand un évènement surgit, ce stimulus va entraîner une réaction (mise en mouvement allant du changement de rythme cardiaque au déplacement du corps entier) associée à une émotion (= état transitoire).
Quand l’American Medical Association qui est la plus importante association de médecins et d’étudiants en médecine des États-Unis (Wikipédia) énonce via ses recherches que 75% des problèmes de santé sont liés aux émotions, le lien santé mentale / santé physique est établi scientifiquement.
La maladie physique ne serait finalement la traduction visible (=extérieure) d’une réaction invisible (= intérieure).
C’est là que l’art entre en jeu.
Il peut développer une empathie esthétique.
En effet, une œuvre d’art impose une élaboration mentale (Eric Kandel, prix Nobel de physique et de médecine, 2000).
Reconnaître le beau active le désir : les émotions ressenties et les aires cérébrales activées sont les mêmes que dans l’état amoureux et provoquent la production d’ocytocine, l’hormone de l’engagement positif relationnel.
« Nous ne regardons pas une œuvre d’art comme un objet ou un décor, mais comme une personne que l’on aime » Pierre Lemarquis.
Par ailleurs, d’une œuvre d’art, notamment si elle est abstraite car elle permet de prendre du recul sur les choses qui nous entourent (Kandel) et favorise la création de lien imaginatif, peut être envisagée comme du soin préventif et/ou curatif.
Guillaume Botazzi a ainsi vu ses œuvres étudiées et utilisées au Japon comme outils de soin par la régulation des émotions.
Comment s’en servir aujourd’hui ?
- L’observation d’œuvres d’art et des émotions associées
De manière individuelle : cela permet la conscientisation de nos ressentis face à une œuvre.
Que provoque en vous « le cri » de Munch ou la nuit étoilée de Van Gogh ?
Que ressentez-vous à l’écoute de l’Adagio d’Albinoni ou de la musique transe ?
Devant une œuvre ressentez-vous des crispations ? Des frissons ? Une détente musculaire ?
Est-ce que vous souriez ? Pleurez ? Rougissez ?
Comment votre corps réagit-il ?
De manière collective, observer une même œuvre permet de mettre en lumière les ressentis partagés et ceux qui diffèrent d’une personne à l’autre.
Une même œuvre attirera des personnes et en repoussera d’autres.
Elle permet à des personnes de se rejoindre dans leurs émotions.
- La mise en application de la conscientisation
De manière individuelle : elle permet de trouver des solutions pour s’apaiser ou se stimuler, selon ce qui fonctionne pour nous.
Besoin de motivation pour faire le ménage ? Une musique entraînante nous aidera à nous mettre en mouvement pour prendre l’aspirateur.
Un lieu de travail stressant ? L’affichage d’un tableau invitant au calme permettra un temps d’apaisement, même furtif, par un simple regard.
A l’inverse, avoir saisi que le corps parlait permet parfois de trouver la cause émotionnelle et potentiellement d’agir dessus intérieurement avant toute intervention extérieure.
Une perte d’appétit en période d’examen ? Peut-être que l’écoute de musique apaisante peut permettre de retrouver un minimum d’envie de se nourrir avant de recourir à des compléments alimentaires ou boissons énergisantes.
Collectivement, avoir saisi ce qui fait converger les personnes peut favoriser l’utilisation de l’art, quel qu’il soit, dans les organisations pour remobiliser un collectif en souffrance.
- La création artistique
Une fois la phase d’intégration personnelle du lien corps/émotions, il est possible d’anticiper et de devenir acteur de notre soin par l’art par la création.
Une personne qui présente du cholestérol et a donc potentiellement une plaque d’athérome dans une artère peut voir cette plaque être mise en mouvement par le changement de pression sanguine déclenchée par une émotion forte ou par un stress continu.
Trouver un moyen de réguler ce stress par la création pourrait limiter les risques d’AVC.
Des lignes d’écriture, des couleurs sur une toiles, des notes sur un piano… Les possibilités sont infinies !
Là encore le processus peut être individuel, ou collectif.
L’art-thérapie est un moyen d’être accompagné dans ce processus de conscientisation par une personne qui saura nous guider, nous aider à dépasser certaines appréhensions, et faire extérioriser nos ressentis.
A quand le remboursement des concerts, entrées aux musées, expositions, achat de livres ou de séances d’art-thérapie par la sécurité sociale ?
Liens :
Sencité
Guillaume Botazzi
American Medical Association
Crédit Photo : Flavien Butty