Hier avait lieu ma 2nde séance d’accompagnement auprès du COPIL d’une grosse association gestionnaire d’établissements accompagnant des personnes autistes de tous âges. Cette association, qui a vécu des épisodes difficiles ces derniers temps, souhaite acter le changement par la refonte de son projet associatif.
Dans ce COPIL, des membres du conseil d’administration (historiquement parents de personnes accompagnées), la gouvernance technique de l’association et les cadres opérationnels.
8 personnes, dont 3 femmes et 5 hommes de différentes générations.
Et moi.
La première journée avait consisté à déblayer la situation, soulever tout ce qui pouvait être sous le tapis, et débuter à faire émerger les idées. Cela avait nécessité une connaissance inter-individuelle, une mise en confiance, et l’intégration des principes de base pour un travail collectif partagé et efficace : sincérité, écoute et non jugement.
Hier a débuté la phase de convergence.
Et cela passait par la construction des fondations même du collectif associatif : les valeurs communes. Un cadre indispensable duquel pourront découler toutes les actions à mettre en œuvre et l’engagement des acteurs, qu’ils soient professionnels, familles ou bénéficiaires.
Cela pourrait paraître simple sur le papier.
Mais dans les faits, un même mot n’aura pas la même signification selon le vécu de chacun.
C’est pourquoi il convient de s’accorder sur la définition du terme choisi par le collectif. Et c’est dans ces moments-là que les esprits peuvent s’ouvrir.
En confrontant les croyances personnelles, le cadre traditionnel, les traumatismes individuels, les textes réglementaires, le petit Robert, les projections, les envies de ne plus reproduire les erreurs du passé, les peurs de l’inconnu…
L’exemple a été apporté lors des échanges autour du terme « éducation ».
Chacun a confronté sa vision du sujet.
Je m’y attendais, des clichés sociétaux se sont exprimés inconsciemment en premier lieu par les personnes défendant cette « valeur », personnes soit les plus âgées et/ou de sexe masculin: le rôle des parents qui consiste à éduquer, la hiérarchisation des liens entre les personnes, l’autorité…
A cet instant, je note les réactions des autres participants.
Je sens le retrait mental subtil des membres féminins du COPIL et de membres masculins plus jeunes.
C’est là que j’arrive avec mes questions :
« Pensez-vous que seuls les parents ont des choses à apprendre à leurs enfants ? » « Pensez-vous que les personnes accompagnées n’ont rien à apprendre aux professionnels qui les encadrent ? »
« Est-ce possible selon vous que la transmission des savoirs puisse se faire dans les 2 sens ? »
Je ne donne pas de réponse. Je pose simplement des questions.
Désamorçage immédiat du conflit naissant par la prise de hauteur.
Et ainsi, de l’éducation,collectivement, nous avons grimpé sur la question de l’apprentissage, puis de l’encadrement des professionnels pour en terminer sur la question de la gouvernance.
Ce qui m’a permis d’aborder la question du pouvoir de chacun et du rôle de la direction auprès des professionnels et des membres de l’association.
Et d’enchaîner sur le processus de décision au consentement, qui est l’illustration de la transmission mutuelle de savoirs par la complémentarité de chacun, à l’inverse du processus de décision au vote, qui reflète la vision patriarcale et hiérarchique sociétale.
Le premier favorise l’engagement, le second entraîne l’opposition.
Processus de décision au consentement que les membres du COPIL expérimentaient déjà sans s’en rendre compte depuis le début de mon accompagnement, où à aucun moment il n’a été question de voter pour se mettre d’accord.
Au final, le terme « éducation » n’a pas été retenu, mais les idées de chacun ont convergé vers un autre terme, une fois que la question de la transmission des savoirs avait fait l’unanimité auprès des membres.
Mon analyse
Mon rôle n’est pas de faire de la psychothérapie de groupe.
J’entends au travers des échanges le passif, les blessures, les croyances de chacun dans les postures et paroles des personnes que j’accompagne.
Mon job à moi est d’aller au-delà, d’amener à prendre de la hauteur pour revenir à l’essentiel, à la naissance du besoin initial, non perverti par le poids sociétal.
Derrière le terme « éducation », il y avait pour tous simplement le besoin de transmettre, partagé par tous. Et c’est ce qui a fédéré tout le COPIL. L’autorité, la hiérarchisation, la soumission n’ont été que des (mauvais) « moyens » de transmettre.
Grâce au collectif, d’autres outils, différents, comme la décision au consentement ou la gouvernance partagée, sont présentés à ceux qui n’en avaient pas connaissance, et qui, par l’expérimentation positive, en saisissent déjà les bienfaits.
Le changement ne peut venir que d’une prise de conscience, couplé à la volonté de sortir de ce qui est connu.
En l’espèce, les personnes ayant exprimé leur vision ancienne de l’éducation par les paroles avaient déjà acté le changement en elles par leurs actes et par leur engagement dans le processus participatif sans s’en rendre compte.
Il ne m’appartient pas de juger leurs croyances ou leur passé.
Il m’appartient toutefois de leur montrer et leur faire ressentir une autre manière d’être et de faire.
Et je sais qu’en repartant chez eux hier soir, plusieurs membres avaient déjà initié une remise en question personnelle sur leur manière de voir l’éducation 😉