Quelles synergies dans les territoires au bénéfice de l’alimentation des seniors ? 

Le 13 novembre, j’ai eu le plaisir d’être invitée à animer une conférence masterclass aux 1ères rencontres économiques alimentation organisées par le gérontopole Val de Loire, à Orléans, sur le thème suivant : « Quelles synergies dans les territoires au bénéfice de l’alimentation des seniors ? »

Un thème aussi vaste que passionnant, qui a fait entrecroiser mes casquettes d’orthophoniste, de gérontologue, de spécialiste de politiques publiques de santé, d’ex-élue et de citoyenne !

On m’a demandé à la fin de mon intervention où retrouver mes propos, si j’avais écrit sur ce sujet.
Ce n’est pas spécifiquement le cas, aussi je vais tâcher de transcrire dans cet article une partie du fil que j’ai essayé de suivre.

« Quelles synergies dans les territoires au bénéfice de l’alimentation des seniors ? »

Une thématique qui peut être abordée sous tellement d’angles, selon les publics…

Quelques questionnements pour débuter…

  • Synergie ? : Entre qui ? Qui sont les acteurs concernés ?
  • Territoire ? : Quelle est la définition du territoire ? Quel périmètre ?
  • Alimentation ? : Qu’entend-on par alimentation ? Est-ce juste nourrir ? Ou nourrir bien, de manière éthique, durable, soutenable ? Prévenir ? Prévention de la dénutrition ?
  • Seniors : qu’est-ce qu’un senior ? Est-ce qu’on y inclut les résidents d’ehpad ? Les personnes âgées à domicile ? Les personnes âgées autonomes ?

Et quel serait le but de cette synergie ?

La thématique de la journée étant « Rencontres économiques », je vais tâcher de l’aborder par le prisme des coûts.

Mais quels coûts ?
Si l’on raisonne en termes de coûts financiers, il s’agira d’une action à court terme, sans projection sur l’avenir.
Partir du coût social permet d’anticiper, de voir l’alimentation comme point commun vital entre tous, et non comme un outil commercial.

L’alimentation n’est pas que mettre des aliments dans son corps.

« Que ton aliment soit ta médecine » Hippocrate.

L’alimentation est le 1er soin, vital, que nous apportons à notre corps. La voir comme moyen de prévention et d’éducation permet d’envisager la durabilité des actions alimentaires, et considérer l’alimentation de manière holistique, et d’agir contre la dénutrition par exemple.
Donner des compléments alimentaires sans chercher la cause de la dénutrition, qui peut être simplement un dentier mal ajusté, est aussi efficace que de remplir un seau percé.
D’où la nécessité de se coordonner entre acteurs locaux, de se connaître, de savoir qui est expert en quoi, et savoir où trouver les réponses.

La question de la temporalité est primordiale, notamment en direction des personnes âgées.
Avec l’avancée en âge, les gestes sont plus lents, plus prudents.
Par conséquent, leur espace se restreint également. Leur « territoire » d’action est donc plus petit.

C’est à ceux qui sont mobiles d’aller vers le territoire de ceux qui le sont moins.

Il est nécessaire de partir de la personne elle-même, de la laisser souveraine au sein de son espace, et à nous de lui donner les moyens de rester autonome au sein de son propre territoire en lui mettant à disposition nos compétences et outils.
D’où la nécessité de lui donner les moyens de s’exprimer sur ses attentes, ses envies, et de l’intégrer dès le début dans la réflexion.
«  Ce qui est fait pour moi sans moi est fait contre moi ». Gandhi.

A nous, acteurs locaux, de ne pas penser à la place des personnes âgées, en fonction de nos propres projections sur la vieillesse.

Mais la difficulté est que nous sommes dans une société du « faire vite », du résultat et non du moyen. La temporalité est artificielle, davantage axée sur des durées en mandats qu’en respect de l’évolution des corps.

Le temps du corps lui-même n’est pas celui de l’image du corps.

L’alimentation n’est pas que nourrir le corps, c’est tout ce qui l’entoure.
Ce qui a tué le + pendant le COVID n’est pas le covid mais l’isolement social généré par le confinement.
Le temps du repas est un temps de rencontre, de message passé socialement.

Par ailleurs, en tant qu’orthophoniste, pour moi, la phase la plus importante dans la séquence de déglutition, ce qui nous permet d’ingérer les aliments de manière sécure, est la phase préorale, celle qui prépare le corps à ingérer des aliments.
Et cette phase, elle passe par les 5 sens.
Les 5 sens, c’est ce qui nous fait appréhender notre environnement direct.
Notre territoire.

Et c’est là que les acteurs du territoire peuvent jouer en ayant conscience de ce fait.
Agir sur le territoire, qu’il soit appétent, avant de penser ingestion d’aliments.

Il est nécessaire de raisonner en termes de résilience territoriale, au sens collectif. Il s’agit simplement d’écologie au sens 1er du terme.
C’est faire avec ce qui est déjà là.
Une graine ne germera pas si elle n’a pas les nutriments nécessaires dans son environnement, et si elle n’est pas arrosée.
L’être humain, quel que soit son âge, est à l’image des plantes.
Il ne peut évoluer dans un environnement qui ne lui apportera pas ce dont il a besoin.
Et nous avons tous besoin des uns et des autres pour cela, en mettant en commun nos compétences.

Nous avons tous deux points communs, quel que soit notre âge :
Nous avons tous besoin de nous alimenter pour vivre.
Et nous vieillissons tous.

C’est donc à nous d’agir en 1er lieu pour nous, en allant vers ce qui fait sens, pour nous, et naturellement, cela fera sens pour les autres.

L’alimentation n’est pas un enjeu de santé.
C’est un simple enjeu vital, qui touche toutes les strates sociales, tous les milieux.
Aucun acteur local ne peut en être isolé, chaque être humain mange pour vivre.

Services à domicile, professionnels de santé, CPTS, prestataires alimentaires, élus, essms, associations, DAC, département, CCAS, mais aussi les commerces, les agriculteurs, ceux qui viennent au marché… et surtout les personnes elles-mêmes.

La politique locale doit intégrer la dimension du vieillissement dans ses Plans Alimentaires Territoriaux par exemple.

Toutes ces idées ne sont pas que théorie, elles sont basées sur diverses expériences, comme celle de l’EHPAD Saint-Joseph à Jasseron (01), à l’origine de mon terme d’EHPAD écolonomique.
Grâce au directeur, banquier de formation, et sur une temporalité de 10 ans, cet EHPAD a réduit ses déchets de 11 tonnes à 4 par an, est passé en alimentation bio en embarquant son prestataire, est devenu le restaurant scolaire, a contribué à la réduction des Troubles Musculo Squelettiques et aux Risques Psycho-Sociaux de ses employés en utilisant des produits naturels et machines ergonomiques, a fait s’installer maraîchers bio sur la commune, a contribué à l’ouverture d’une classe par l’afflux de personnel sur l’EHPAD, et a fait s’interroger la communauté de communes sur la mise en place d’une piste cyclable en raison de la présence de personnes âgées en tricycles sur les routes !
Tout ceci en partant de la question alimentaire et de ses déchets dans un EHPAD, et des bénéfices pour tous, pour toutes les générations…

Parlez-vous, rencontrez-vous.

J’ai vu en me baladant dans Orléans une concertation citoyenne alimentation/agriculture.
Ces temps de rencontres existent déjà.
Tout est déjà là.
Il ne reste plus qu’à agir.



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