Il y a quelques mois, je passais par les mêmes phases d’interrogation.
Arrêter ou poursuivre les évaluations HAS.
J’avais fini par changer ma vision des choses, et ai entrepris de réaliser les évaluations de cette année dans cet état d’esprit d’ouverture.
Il semblerait que j’ai réussi, les retours que j’ai eus suite aux interventions que j’ai eu le plaisir de mener ont tous été positifs et empreints de gratitude devant la posture que j’avais choisi d’adopter.
Et pourtant, j’ai décidé d’arrêter de manière définitive.
Dans ma manière d’être aujourd’hui, je considère que tant que ma paix n’est pas impactée, et que je me sens respectée dans mon individualité, je me sens à ma place.
Or plus le temps passait cette année, plus je me sentais dérangée.
Corporellement d’abord.
Rester assise 10H durant devant un ordinateur n’est plus possible pour moi.
Je ne pouvais pas rentrer d’évaluation sans savoir déclenché une crise de fibromyalgie, ma copine auto-immune qui m’accompagne depuis quelques années, qui s’était tue, et qui refait surface à chaque ouverture de Synaé.
Et le corps qui parle, aujourd’hui, je l’écoute.
Humainement ensuite.
Nous sommes censés faire une photo d’un établissement à un instant T, en croisant tous les regards.
Je ne rentrerai pas dans les détails, tous les évaluateurs et évalués savent de quoi je parle : il est impossible d’être dans une posture respectueuse, d’écoute active et bienveillante dans le temps imparti. Je me sentais maltraitante et maltraitée.
2 déclics m’ont aidée à confirmer ce ressenti, et à acter ma décision de retrait.
Le féminicide de Zaïa, aide-soignante dans mon cher EHPAD de Crémieu, celui où j’ai tourné « Vivre ».
Ce féminicide a eu lieu en pleine évaluation HAS de l’établissement. Je n’ai pas eu de retour sur la concomitance des évènements, mais la stupeur qui a envahi Crémieu, la solidarité des crémolans, l’émotion lors de la marche blanche, l’implication des professionnels de l’EHPAD m’a fait replacer mon curseur professionnel.
Je me suis mise à la place des évaluateurs, et il m’était simplement impossible à envisager de faire rentrer tout ce que venait de faire ressortir d’humanité et de professionnalisme dans les cases du référentiel. Tout simplement parce que l’émotionnel, tout ce qui fait notre humanité est absent de ce document impersonnel.
Les changements de règles du jeu de la HAS.
Déjà le classement des établissements tels un bilan énergétique, qui avait à juste titre, fait réagir les directions qui avaient joué le jeu de la sincérité et se retrouvaient comparés à d’autres qui n’avaient pas les mêmes données m’avait agacée.
Ensuite, on est venu nous demander d’anonymiser les documents de preuve.
Cette chasse aux documents de preuve était déjà le truc qui me déclenchait les premières secousses fibromyalgiques, quand je voyais la sincérité des professionnels.
L’anonymisation, c’est à mon sens complètement oublier l’identité propre de l’établissement. Même si je comprends la démarche, cela conduit à mes yeux simplement à une uniformisation des établissements, là où toute leur force réside justement dans leur adaptation.
Et la cerise sur le pompon a été la demande de la part de mon cabinet d’évaluation, que je salue et j’adore, vraiment, de remplir un document de plusieurs pages détaillant chacune de mes interventions dans le milieu médico-social.
Idem, je comprends la démarche de la HAS.
Mais là, je ne peux plus tolérer cette manière de considérer les évaluateurs.
Mon passé en lien avec le milieu médico-social ne définit pas qui je suis aujourd’hui, il ne définit pas ma vision des choses ni ma manière d’être.
Ce qui fait que les professionnels apprécient mes interventions selon eux, c’est mon écoute, la bienveillance que je m’emploie à développer, le respect de leurs compétences, mon ouverture d’esprit, la valorisation de leurs savoirs…
Et non la quantité d’établissements dans lesquels j’ai posé les pieds.
Cette volonté de contrôle de la HAS et celle de faire de ses évaluateurs une armée de soldats standardisés me révulse, et vient impacter ma propre souveraineté. Si la HAS veut savoir quelle évaluatrice je suis, il suffit de me rencontrer, et non de me demander de dépenser du temps non rémunéré pour un document qui moi, ne me sert à rien et vient même m’empêcher de faire d’autres choses bien plus utiles.
J’ai énormément appris grâce aux évaluations : le fond et la forme.
Et au fil du temps la déconnexion entre les 2.
Les évaluations HAS étaient la base de mes revenus professionnels, ce qui me permettait d’envisager d’autres projets moins rémunérateurs mais plus humains.
En arrêtant les évaluations, je fais un saut financier dans le vide, sans parachute.
Mais j’ai choisi de me respecter, de respecter les professionnels, et les résidents.
Et ça, ça vaut tout l’or du monde.
Bonjour Aurélie,
Tant de vérités écrites à travers la lecture de votre message, dans lesquelles je me retrouve pleinement. Je me suis fait (ou plutôt les établissements que je dirigeais) évalué à deux reprises dans deux établissements d’Associations différentes et dans deux régions.
La première évaluation se déroulait juste avant la COVID, un véritable fiasco et une épreuve difficile à tous niveaux (Manque d’empathie, absence de bienveillance, d’écoute, de la maltraitance… que j’ai dénoncé au risque de me mettre à dos ma N+1 au regard des enjeux politiques et financiers qui occultaient littéralement la place des résidents et du personnel. C’était une MAS avec une section TSA… ).
Et puis la seconde vécue au sein de l’EAM dans lequel je suis encore en poste. Rien à voir, et je salue la qualité des évaluateurs et leurs bienveillances. Une chouette expérience mais qui reposait également et surtout sur l’engagement des professionnels de cette structure et le travail accomplit en amont de cette évaluation que nous avions préparé. Elle ne reflétait pas l’égo d’un directeur, (d’un N+1, d’une gouvernance bien absent) mais tout simplement un travail collectif et partagé. Nous avons souffert de la pression que l’on s’était imposée à l’idée de la réussir. Nous y sommes parvenus avec une immense fierté.
Aussi, Je valide à 200% votre décision, ou parfois il faut avoir le courage de se démettre plutôt que de se soumettre. Bravo.
Je demeure également convaincu qu’avec l’expérience, et l’âge; on sait ce qu’on veut mais aussi et surtout ce que nous ne voulons plus.
L’âge de raison y prend tout son sens.
C’est la HAS, ce sont les conséquences de la signature des CPOM sur nos organisations et tant d’autres inepties qui nourrissent les ESMS et nos quotidiens.
L’avenir n’est pas optimiste n’est-ce-pas ? Même si l’on s’efforce d’y rester.
La Fibromyalgie, les doubles sciatiques avec des récidives font parties des signaux d’alertes qu’il faut écouter!
Alors prenez soins de vous ,et merci de nous avoir fait partager cette expérience.
Bon courage pour la suite de vos projets.
Ne changez rien sur ce que vous êtes; authentique, loyale entre autre…
Bien à vous,
Merci beaucoup pour votre témoignage et votre soutien !
C’est ensemble, en partageant toutes et tous notre vérité que nous ferons bouger les choses 😉