Elle arrive avec sa maman et son chien.
Appelons les Sophie, Marie et Trompette.
Sophie me rencontre avec Trompette sur conseil de sa maman Marie.
La demande de base est « Trompette aboie beaucoup sur les autres chiens et se montre agressive ». Sophie sait qu’elle a quelque chose à changer en elle sans savoir comment s’y prendre, d’où notre rencontre ce jour.
Marie m’avait demandé de venir avec Pumpy, qui a déjà croisé Trompette lors d’une balade et qui avait été étonnée de voir son comportement avec Trompette : calme, posé, ce qui avait déstabilisé Trompette.
C’est donc tous les 5 que nous nous retrouvons dans un grand pré pour une rencontre multi-miroirs.
Pumpy/Trompette
Sophie/Marie
Marie/Trompette
Sophie/Trompette
Mon rôle est simplement de leur traduire ce que je vois.
Dès les 1ers instants, quand Sophie aperçoit Pumpy au loin, je l’entends dire à Trompette « n’aie pas peur ».
Je prends note.
Trompette se dirige vers Pumpy, occupé à dénicher des mulots.
Il la voit arriver, la regarde, et retourne à son occupation.
Sophie est étonnée.
J’explique que Pumpy a acté la présence de Trompette, il n’en a pas déduit de danger pour lui, il l’accepte dans son espace tant qu’elle ne vient pas perturber son travail de fouille.
Pas besoin de + de signaux que ça, le job est fait.
Trompette reste autour de lui, l’observe.
Puis elle se rapproche doucement, un peu trop.
Pumpy est dérangé, il se déplace, change de terrier à trifouiller.
Il remet de la distance entre Trompette et lui.
Un autre signal, pacifiste.
Trompette n’a toujours pas aboyé depuis qu’elle est arrivée.
Pendant ce temps, Sophie s’ouvre.
Elle me parle de son autre chien, Nounours, un mâle bisounours « submergé par ses émotions, foufou d’amour quand quelqu’un arrive, ce que le fait parfois uriner de joie et qui fait aboyer Trompette ».
Je commence à saisir la dynamique qui se joue.
Sophie parle alors des premières années de Trompette, de son sevrage un peu trop tôt et de ce que la comportementaliste qui l’a accompagnée lui a transmis.
J’entends des choses qui sonnent juste, d’autres moins.
Notamment les mots « elle a dit que Trompette était jalouse des autres chiens ».
Et ça, ça sonne pas juste chez moi.
Je note.
Trompette a fini par suivre Pumpy dans ses fouilles.
Mais à un moment, elle s’approche trop près, et là, ça dérange clairement Pumpy.
Se déplacer ne marche plus avec Trompette.
Je le vois se retourner, la regarder, et juste faire un pas dynamique vers elle, juste pour qu’elle recule.
Ce qu’elle fait.
Dans les minutes qui suivent, Pumpy a grossi le poil.
Toujours aucun signe d’agressivité directe envers Trompette, simplement du langage de chien.
Trompette reste à distance désormais.
Elle commence à vaquer seule à de nouvelles occupations.
C’est le moment pour moi de transmettre ce que j’ai vu et ressenti à Sophie.
Trompette, une femelle, se comporte comme un mâle protecteur. Y’a déjà conflit d’identité.
Sevrée tôt, elle n’a pas eu de modèle de comportement de chienne.
Sa référence, c’est Nounours, un mâle qui lui, est en tempête émotionnelle permanente, comme dirait ma fille. Un mâle qui n’est pas dans sa posture de protecteur serein et sécure.
Trompette tente de jouer le rôle de Nounours mais ça ne fonctionne pas, ce n’est pas cohérent puisque ce n’est pas dans son ADN de femelle. Et forcément, à chaque aboiement, ça vient réactiver l’insécurité de Nounours, qui panique. Bref, les rôles sont complètement inversés dans cette maison.
J’explique que nos animaux sont nos projections.
Ils se comportent comme on leur montre, et non pas comme on leur dit.
Si nous sommes cohérents, ils le sont.
A l’inverse, ils vont faire exactement ce qu’on leur demande avec notre corps, et non avec nos mots.
Sophie m’explique alors qu’il y a des moments où Trompette tire sur la laisse et d’autres non. Et elle me raconte une fois où elle devait partir au travail et Trompette n’arrêtait pas de tirer pour ne pas rentrer.
Je demande à Sophie « tu avais envie d’aller au travail ce jour-là ? »
Elle me répond « Non, pas du tout ».
Elle comprend alors que Trompette avait saisi son langage non verbal, son agacement, et qu’elle lui reflétait simplement. Aucune volonté néfaste de Trompette.
Je parle alors de cette histoire de jalousie de Trompette.
Trompette ne peut pas être jalouse puisque Trompette est un chien.
Le mot jalousie a été utilisé pour traduire un comportement canin calqué sur ce que ferait un humain.
Mais un chien est en prise directe avec son instinct. Il ne cherche pas à comprendre, il agit.
Je mets en garde contre l’anthropomorphisme qui inconsciemment nous amène à rationaliser un comportement animal, l’expliquer, voire l’excuser, en regard de ce que nous, humains, nous vivons.
Prendre le temps d’observer nos animaux est primordial. C’est à nous de comprendre leur langage, de rester le plus neutre d’interprétations possible. Et d’apprendre à communiquer avec eux.
Je propose à Sophie de prendre du recul et de voir son chien comme un chien.
Elle n’est pas son chien.
Quand Trompette aboie sur d’autres chiens, ce n’est pas Sophie qui aboie.
Et la fameuse phrase que je n’avais pas encore entendue, sort : « Oui, mais les gens doivent penser que… »
Bingo. Le regard des autres, le jugement.
Je n’ai pas besoin d’aller plus loin, c’est Sophie elle-même qui me dit « je sais que je devrais m’en foutre, mais j’ai du mal ».
Peu à peu, je vois et j’entends Sophie proposer ses propres solutions, ses moyens d’action.
Elle a saisi son rôle de repère pour ses chiens.
Tant qu’elle ne sera pas sécure, équilibrée, en confiance envers elle et envers ses chiens, ils seront à son image, en duo.
Elle a compris qu’elle devait se détacher de ses chiens, pour obtenir une relation apaisée.
Les laisser être chiens, s’autoriser à être humaine.
Je lui partage une de mes expériences avec Pumpy, lui relatant un moment où j’étais dans le froid, douloureuse, sous la pluie et désespérée, et Pumpy s’était enfui. Je pleurais, j’avais un RDV important après, et Pumpy était dans la nature.
J’avais tout tenté, Pumpy ne revenait pas.
Je me suis alors confiée à une personne, lui partageant non pas ma panique de ne pas trouver mon chien, mais le désarroi total que je ressentais alors.
Cette personne m’a alors donné une clé que j’utilise à chaque foi qu’un sentiment de dysharmonie se pointe en moi : « Sois toi-même ».
Je me suis posée, j’ai pleuré, et attendu. De toute façon, je ne pouvais faire rien d’autre.
Et c’est quand j’ai lâché prise sur la situation que Pumpy a réapparu, tout content de lui.
C’est ce que j’ai partagé à Sophie : être cohérente avec ses animaux, ce n’est pas être positif, parfait.
C’est juste être soi, et être accordé, en paroles et en actes.
On a le droit d’être un jour grumpy, un jour bisounours.
Nos animaux vont juste nous le renvoyer si c’est too-much.
Ils nous aident à nous voir.
C’est sûr que parfois, ça pique, quand notre chien est hyper agressif. Ça vient nous montrer la colère qui est en nous. Et c’est à nous de l’accepter, et de voir d’où vient cette colère. Notre animal n’y est pour rien.
Et être cohérent, c’est également faire attention à ce qu’on dit.
« N’aie pas peur ». Sophie parlait-elle vraiment à Trompette quand elle lui a dit ça ?
Non, Sophie a bien compris que c’était elle qui avait peur.
Et qu’en disant le contraire de ce qu’elle émettait, elle apportait un message confus à sa chienne. Qui a immédiatement senti le danger.
Si je vous dis « ne pensez pas à une girafe »… Qu’est ce qui vous vient en tête ?
Ben ouais, une girafe.
Alors que ma demande était l’inverse…
Nous créons notre réalité par nos pensées et nos mots 😉
Au final, nous avons terminé cette séance avec une Trompette couchée à nos pieds, complètement sereine, un Pumpy le nez plein de terre mais sans mulot et une Sophie soulagée, pleine de nouvelles compréhensions sur elle.
Ce récit est issu d’une rencontre miroir, un format d’accompagnement individuel que je propose.
Retrouvez les informations sur ce type d’accompagnement ici.
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