L’histoire de « Vivre »: épisode 7

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Le 2 septembre, l’identité du film est actée définitivement :

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« Vivre ».
Ce film allait parler du temps qui passe à travers la beauté de la vie.
Ce n’était ni Anthony ni Aurélie qui l’avaient choisi, mais bien les témoins du film qui avaient associé eux-mêmes, inconsciemment certainement devant nos caméras, la vieillesse à la vie.
La vieillesse.
Nous avons gardé le fil rouge de la vieillesse à travers le « regards croisés sur sa propre vieillesse ». Il n’a pas été facile de trouver la bonne formule. Mais quand cette phrase est sortie de la bouche d’Anthony, nous savions tous les 2 qu’il avait tapé juste.
Toujours et encore les regards croisés.

Le montage se poursuivait.
Alternance de témoignages, de scènes de vie captées lors du projet photo…
Les textes qui allaient accompagner le déroulé du film ont commencé à jaillir de mes pensées.
La voix off allait faire le lien entre les séquences, inviter le spectateur à nous suivre, à se laisser guider par son propre cheminement.

Les plans de coupe qui allaient accompagner la voix off ont alors été tournés de jour, de nuit, dans les rues crémolanes, au pré Minssieux, au marché, devant la « librairie Chemin »… Ce dernier plan, où l’on voit des personnes âgées passer devant l’enseigne « jeunesse » me fait toujours sourire. Il illustre à merveille combien ce film s’est fait tout seul. Rien n’avait été préparé en avance, et nous avons découvert la surprise du message intergénérationnel au moment du montage.
D’autres plans ont permis d’apporter une hauteur rarement proposée à Crémieu : les plans drône, offerts par Doune, la soeur d’Anthony, pilote de drône.

C’était une période intense de travail.
La complicité et la complémentarité entre Anthony et moi permettaient une fluidité dans la réalisation, nos rôles se mélangeaient peu à peu.
Nous avons pénétré le monde de l’autre, par nos regards profanes.
L’oeil d’Anthony, extérieur au monde de la gérontologie, a permis de prendre de la hauteur sur le sujet du temps qui passe, et d’apporter un regard plus profond.
Le mien, non coutumière des règles cinématographiques, invitait Anthony à sortir du cadre établi dans toute mon insouciance de « ce qui se fait » ou « ce qui ne se fait pas ».
La confiance et l’envie commune de faire bouger encore et toujours les lignes ont fait le reste.

Puis un jour, nous avons eu envie de montrer ces premières images.
Nous avions assez de plans, les thèmes musicaux du film venaient de sortir du mixage, le site du film commençait à prendre corps.
Nous parlions de ce projet depuis des mois, il était temps qu’il en sorte un peu de nous.

En quelques jours, Anthony a mis toute son énergie au profit d’un teaser, qui deviendra la bande-annonce officielle.

Le 10 septembre, je suis en Haute-Savoie pour animer une formation auprès de professionnels de la gérontologie quand Anthony m’envoie la version finale de la bande-annonce.
Je lui propose de la tester auprès de mes stagiaires, avant de la proposer publiquement.
Il est emballé par l’idée, et j’avais déjà parlé du projet de film aux professionnels de ce service de soins à domicile que j’accompagne dans la mise en place d’une communication bienveillante entre eux.
Les professionnels sont enthousiastes également, et même honorés d’être les 1ers à la découvrir.

Je suis toute fébrile, comme quand j’étais à Gap.
J’appuie sur « play », et je n’ose pas regarder mes stagiaires pendant qu’ils visionnent la bande-annonce.
A la fin, j’entends « mais comme j’ai hâte de le voir ce film, il a l’air énorme ! ».
Bingo.

Le soir, c’est avec nos enfants que nous nous retrouvons chez Anthony pour regarder la bande-annonce version grand écran autour d’une pizza.
Tim se découvre pour la première fois sur grand écran, je revois encore ses yeux impressionnés.
A la fin, Anaëlle, ma fille aînée, me regarde et me dit « mais c’est un vrai film en fait ! »
Ah ben oui, apparemment.

2 jours plus tard, c’est ma grand-mère qui a le privilège de la découvrir.
Alzheimer lui grignote les souvenirs, mais pas les émotions.
Nous sommes pleines de larmes toutes les deux quand elle découvre les images et le travail de sa petite-fille.

La bande-annonce sort officiellement le 22 septembre.
Elle comptabilise quasiment 2500 vues à ce jour.
Les retours nous ont touchés en plein coeur.


Le 1er octobre, je suis invitée au salon des seniors de Lezoux (63) pour mon livre « Vieillir chez soi ».
L’organisatrice me propose de passer la bande-annonce aux visiteurs.
C’était parti, « Vivre » commençait sa vie sans nous.
Ce jour-là, les rencontres et les questions générées par le projet ont été à l’origine d’une diffusion ultérieure de « Vivre », initiées par les professionnels de santé du territoire en mai 2025.

La communication sur les réseaux sociaux a commencé à faire son oeuvre…
Nous en avons eu l’illustration lors de l’appel d’une gestionnaire d’EHPAD en Ardèche qui souhaitait savoir quand elle pourrait organiser une projection.
Le non hasard a fait qu’il s’agissait d’un EHPAD pour lequel Anthony avait déjà tourné des images et où l’étudiant en orthophonie que j’accompagne pour son mémoire de fin d’études avait travaillé en tant qu’aide-soignant.
Et pour autant, la demande n’était liée à aucun de nous 2, notre interlocutrice a été aussi surprise que nous de cette synchronicité : le projet de film était arrivé à cette dame via les réseaux sociaux, sur LinkedIn.
Demande qui se soldera par une projection dans cet EHPAD, en avril 2025, pour une projection commune avec l’école du village.

Il était temps d’avoir une affiche officielle.
Je sentais bien qu’on repoussait un peu le truc.
Anthony comme moi voyait bien la question primoridale du regard.
Nous voulions quelque chose de simple et percutant.
On ne pouvait pas laisser le regard de Tim, pourquoi lui et pas un autre ?
Je sentais au fond de moi qu’il allait falloir faire un mix de regards.
Créer un nouveau regard.
Un regard neuf.
J’ai partagé à Anthony cette idée, et je sentais déjà en moi la nécessité de mettre des yeux qui ne sont pas dans le film.
Plus j’y pensais, plus je voyais nos yeux, sans oser le partager à Anthony, puisque jusque-là, nous étions restés en retrait, dans la réalisation pure du film.

Le temps passait, il nous fallait pourtant une affiche.
Anthony a proposé de mettre un oeil d’enfant et un oeil de personne âgée.
Je comprenais son envie, mais qui allait pour moi à l’encontre du message du film : il n’y a aucune opposition entre les regards des personnes, quel que soit leur âge. Je ne voulais pas un oeil qui voit quelque chose, et autre qui voit autre chose.
Je voulais une vision commune, sans catégorisation d’âge.
Alors je lui ai proposé : « tu peux essayer de mettre un oeil à toi et un oeil à moi? Au moins, on tente, et si mon idée est foireuse, on passe à autre chose ».
Anthony est dubitatif, mais il accepte d’essayer.
Il prend une image de nos yeux à partir des plans des regards.
Nous constaterons plus tard que comme nous étions posés exactement au même endroit, le reflet qui apparaît dans nos yeux est strictement le même. Nous regardions dans la même direction.

Je suis chez moi à ce moment-là.
Quelques minutes après, je reçois le 1er jet de l’affiche.
Je suis agréablement surprise du résultat. Je ne m’attendais à rien, je voulais juste me faire mon idée.
C’est accompagné de la réaction d’Anthony : « c’est bizarre mais j’aime bien »
Oui, c’est bizarre, c’est du pas vu, pas fait, mais moi aussi, ça me parle.
ça résonne en moi, ça résonne chez Anthony.
Le lendemain, nous avions la version finale de l’affiche.
Nous savons que c’est la bonne, qu’il n’y aurait aucune autre affiche possible, mais Anthony comme moi sommes presque gênés de voir nos regards.
Intimidés de nous dévoiler.

Mais c’était parti.
On ose.
Nous laissons l’affiche sortir.

En parallèle, les discussions avec Kevin, le projectionniste, ainsi que l’adaptation avec l’agenda de Maïté, nous permettent d’acter la date de l’avant-première.
Une seule date est possible entre tous nos impératifs.
Aucun hasard, ce chiffre m’a porté bonheur toute ma vie, ce jour-là créerait notre propre chance.

Le 23 octobre, nous annonçons donc publiquement que le film sera projeté pour la 1ère fois le vendredi 13 décembre et que ce sera le 1er ciné-concert du Cinéma Variétés de Pont-de-Chéruy (38)

Le compte à rebours venait d’être enclenché.

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